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 LE TAKFIR MOU'AYYAN OU APOSTASIER UNE PERSONNE DEFINIE

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um 3bdillah al qayrawenya

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MessageSujet: LE TAKFIR MOU'AYYAN OU APOSTASIER UNE PERSONNE DEFINIE   Jeu 7 Mar - 9:18



PARTIE 1
Louange à Allah, nous Le louons, nous implorons Son aide et Son pardon. Nous cherchons refuge auprès de Lui contre les maux de nos âmes et les méfaits de nos actions. Celui qu’Allah guide, nul ne peut l’égarer et celui qu’Il égare nul ne peut le guider. J’atteste qu’il n’y a d’autre divinité (digne d’être adoré) en dehors d’Allah, Seul et sans associé, et j’atteste que Mohammed est Son serviteur et Son Messager.

Amma ba’dh !

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèsees doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

Introduction

Les kharijites ne font pas la distinction entre le statut d’un acte et le statut de son auteur, entre le statut absolu (kufr el mutlaq) et un cas particulier (kufr el mu’aïyin). Ils appliquent ainsi un jugement général sur tous les cas particuliers possible sans tenir compte des critères du takfîr(les conditions à remplir et les restrictions à exclure). La mouvance e-takfîr wa el hijra, l’un des portes-flambeaux du takfîr contemporain, s’inscrit à contre-courant du traditionalisme, qui ne verrait pas, à ses yeux, le takfîr el mu’aïyin.[1]

Il est très dangereux de sortir les musulmans de la religion sans respecter un certain nombre de critères. Selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[2] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[3]

Or, les savants de aimmat e-da’wa établissent qu’il ne faut pas confondre entre le takfîr à grande échelle et le takfîr ciblé. Le premier condamne indistinctement les savants et les ignorants, qu’ils aient reçu la hujja ou non. Quant au deuxième, il s’attaque uniquement à ceux contre qui la hujja est établie. Il est possible de kaffar une citée, un pays, une tendance dans l’ensemble, mais sans désigner chaque habitant ou chaque adepte en particulier. Le principe de précaution nous astreint à nous abstenir de le faire, étant donné que certains d’entre eux peuvent être excusables pour une raison ou pour une autre.[4] Les anciens et leurs fidèles successeurs font la différence entre le cas absolu et le cas particulier.

Les étapes du takfîr

Une première étape consiste à déterminer que telle pratique relève effectivement de la mécréance. La deuxième étape réclame d’appliquer ce statut absolu à un cas particulier, soit après que toutes les conditions du takfîr soient réunies et que toute restriction pouvant faire obstacle à ce jugement soit exclue.

Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb réfute dans ses ouvrages l’allégation de ses détracteurs selon laquelle il kaffar sans faire de détails à la manière des kharijites.[5] Ses élèves se sont également chargés de rectifier cette conception erronée.[6] Les néo-kharijites qui se revendiquent de l’héritage du premier homme de la da’wa najdite condamnent à la mécréance tous les États et les peuples musulmans sans tenir compte des critères du takfîr. Leur vindicte n’épargne même pas les savants et les pieux, accusés de complicité ou de passivité. Seuls ceux qui se rangent sous leur bannière gardent le privilège de rester musulmans.

Le takfîr à grande échelle consiste notamment à kaffar les citoyens qui vivent sous l’autorité d’un État jugé apostat. Sous l’impulsion de Saïd Qutb, certains mouvements contemporains considèrent qu’il n’y a plus sur la surface de la Terre un seul État musulman ni même une seule société musulmane digne de ce nom.[7]

Malheureusement, certains détracteurs stigmatisent les adeptes de la da’wa najdite et font semer la confusion dans les rangs des musulmans en les faisant passer pour des kharijites. ‘Abd e-Latîf souligne que la prédication « wahhabite » ne s’aventure pas à sortir les musulmans de la religion à grande échelle. Elle se contente de condamner l’adoration des tombes, qui, effectivement, est une annulation de l’Islam. Puis, après avoir transmis le message, et seulement à ce moment-là, elle voue à l’apostasie ceux qui refusent de se soumettre à la vraie religion.[8] Son élève, Sulaïmân ibn Sahmân reproche à certains de ses contemporains d’être imprégné par la croyance kharijite et de kaffar les musulmans de façon anarchique.[9]

Ibn ‘Abd el Wahhâb rappelle que les grandes références traditionalistes à l’exemple de l’Imam Ahmed faisaient la distinction entre le cas général et le cas particulier.[10] Juger qu’une pratique relève de la mécréance ne nécessite pas forcément de taxer de mécréants tous ceux qui la font. Il alla jusqu’à s’abstenir de kaffar les auteurs de certaines poésies contenant du kufr, car il n’était pas formel sur leur cas. Il ne se prononçait pas sur les morts ; il y avait toujours l’éventualité, aussi faible était-elle, que certaines excuses jouaient en leur faveur. Il se contentait de juge ceux qui refusaient sa prédication par orgueil et obstination. Contre ceux-là, oui, son jugement était imparable.[11]

Sheïkh‘Abd Allah Abâ Btîn explique à ce sujet : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « Cependant, en raison de la propagation de l’ignorance dans les rangs de nombreux adeptes de l’Islam parmi les générations récentes, il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) »Il parle apparemment du cas particulier, étant donné qu’ailleurs il annonce formellement que l’association relève de la mécréance. Il ne s’abstient nullement de le kaffar après que les enseignements lui soient exposés…
Puis, il résout le problème que peut soulever le discours d’ibn Taïmiya : « Pour concorder entre ses paroles, nous devons comprendre ses intentions. Il veut nous dire que nous pouvons entendre certaines paroles, ou certains écrits en prose ou en vers ayant du kufr. Cependant, nous ne pouvons kaffar leur auteur au premier abord. Il faut attendre avant cela de lui exposer la preuve céleste. »[12]

Un autre passage d’Abâ Btîn va dans ce sens : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » ; Il veut dire qu’il n’est pas permis de les kaffar en personne et en particulier, en disant par exemple qu’un tel est un kâfir. Nous devons dire plutôt que tel acte relève de la mécréance et que son auteur dans l’absolu est un mécréant… »
Puis, après une longue explication, il conclut : « Ce discours est basé sur le principe suivant : nous jugeons mécréante dans l’absolu une parole jugée ainsi par les textes du Coran, de la sunna, et du consensus, comme en témoignent les preuves textuelles… mais cela ne veut pas dire qu’il faille juger mécréante toute personne l’ayant prononcé. Il incombe avant cela de réunir les conditions nous permettant de le faire et d’évacuer les restrictions faisant obstacle à notre jugement. »[13]

• La distinction entre trois notions : le takfîr à grande échelle, le takfîr particulier, et le takfîr d’un acte ou d’une caractéristique

Dans le chapitre de l’apostasie, les spécialistes en figh utilisent, pour donner des exemples du takfîrd’une caractéristique, des expressions du genre : celui qui fait telle chose est un kâfîr. Ils font allusion à l’acte, non à la personne, et quand bien même ils le feraient, il s’agit d’un statut dans l’absolu, non d’un cas particulier. Cela ne signifie nullement qu’ils ne voient pas le takfîr mu’aïyin. Cependant, ils l’établissent une fois que les conditions pour le faire sont réunies, en tenant compte notamment d’iqâma el hujja.

Par ailleurs, ils n’utiliseront pas les mêmes expressions pour parler d’un cas particulier. Le cas échéant, ils disent par exemple : un tel est un kâfir ou un tel est un mushrik. Pour le takfîr à grande échelle, il s’agit de dire que les habitants de telle région ou de telle époque sont des kuffâr. Ce cas est encore différent du takfîr d’une caractéristique. Ibn Taïmiya explique dans plusieurs passages de ses ouvrages que les kharijites ne font pas la différence entre le cas absolu et le cas particulier dans les questions dutakfîr. Malheureusement, bon nombre de traditionalistes des quatre écoles, et notamment les hanbalites, font la même confusion.[14]

À suivre…

Par : Karim Zentici


[1]Voir : el jawâb el mufîd fî hukm jâhil e-tawhîd (p. 109) ; voir également : shubuhât e-takfîr du D. ‘Omar Quraïshî (p. 358).
[2]Voir : majmû’ el fatâwa (20/386-388).
[3]Idem. (3/231).
[4]Voir : majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/44).
[5]Voir : e-rasâil e-shakhsiya comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (3/3/29, 33, et 58) ; voir également :e-dhiyâ e-shâriq (p. 88, 93-94), et e-durar e-saniya (1/63).
[6]Voir : e-durar e-saniya (1/131-132), e-dhiyâ e-shâriq (p. 72),
[7]Voir : fî zhilâl el Qur-ân (4/4122).
[8]Voir : e-durar e-saniya (10/131)
[9]Voir : minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 74).
[10]Mukhtasar e-sharh el kabîr wa el insâf comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (4/511).
[11]Ta-yîd el Malik el Manân fî naqdh dhalâlât Dahlân (p. 124).
[12]E-durar e-saniya (10/403).
[13]E-durar e-saniya (12/88).
[14]Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).
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MessageSujet: Re: LE TAKFIR MOU'AYYAN OU APOSTASIER UNE PERSONNE DEFINIE   Jeu 7 Mar - 9:19

PARTIE 2

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

Nous sommes toujours dans : la distinction entre trois notions : le takfîr à grande échelle, le takfîr particulier, et le takfîr d’un acte ou d’une caractéristique

Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb et son petit-fils ‘Abd e-Latîf reprennent les paroles suivantes d’ibn Taïmiya : « Quant à moi, – ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier soit de kâfir, soit defâsîq soit de ‘âsî (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle chose est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq (le cas général) et le mu’aïyin (le cas particulier). »[1]

Puis, le premier homme de la da’wa najdite fait le commentaire suivant : « Voici sa tendance sur la question dans tous les passages que nous avons trouvé de ses ouvrages. Il ne parle pas du takfîr mu’aïyin sans le faire suivre d’une explication qui vient dissiper toute confusion. Autrement dit, il s’abstient de kaffar un cas particulier avant que la hujja ne lui soit parvenue. Après cela, il donne le statut correspondant (takfîr, tafsîq, ma’siya) au cas en question… »[2]

L’ouvrage kitâb mufîd el mustafîd fî kufr târik e-tawhîd fut consacré en réponse à certains contemporains de la da’wa nadjite qui reniaient le takfîr mu’aïyin dans l’absolu. Ces derniers s’inspiraient notamment du discours d’ibn Taïmiya qui s’abstenait, comme nous l’avons vu, de se prononcer sur un cas particulier avant l’iqâma el hujja. En s’inspirant d’exemples historiques et de certains passages d’ibn Taïmiya, les deux Imam démontrent que cette allégation est née d’une confusion énorme. Pour ne citer qu’ibn Taïmiya, ce dernier taxe d’apostasie certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemcenî.[3]
Ainsi, contrairement à la tendance des murjites, pour ibn Taïmiya et les traditionalistes en général, après l’iqâma el hujja, tout individu qui commet du shirk akbar devient mécréant.

Voici un passage éloquent de ce fameux ouvrage : « Désobéir au Messager (r)dans le domaine de l’association et de l’adoration des idoles, relève, après avoir transmis le message, de la mécréance manifeste. Et cela, conformément à la nature, la raison, et aux notions élémentaires de la religion. Si on demandait au plus idiot des hommes : quel est ton avis sur celui qui désobéit au Messager (r), et qui ne se soumet pas à ses enseignements enjoignant de délaisser l’adoration des idoles et l’association, bien qu’il prétende être un musulman conforme au Prophète (r) ? Il répondra spontanément et de façon élémentaire qu’il est un kâfir. Il n’a même pas besoin d’étudier la question pour le savoir ni de questionner un savant. Cependant, les périodes où l’ignorance est répandue et où le savoir est devenu étranger, et où se multiplient les mulhidîn abordant ce sujet, la question est devenue confuse chez certains gens simples parmi les musulmans, qui aiment pourtant la vérité…

L’histoire du Prophète (r), de ses Compagnons, et des savants après eux, est l’un des meilleurs moyens à même de dissiper cette confusion. Elle nous met en lumière la façon dont ils se comportèrent avec certaines catégories d’individus qui étaient pourtant affiliés à l’Islam. Notamment, le Prophète (r) confia à el Barrâ ibn ‘Âzib, avec son étendard, de se rendre chez un homme qui s’était marié avec la femme de son père, pour le tuer et prendre ses biens.
Autre exemple : ils voulaient organiser une expédition punitive contre la tribu des Banû Mustalaq quand on lui apprit qu’ils refusaient de verser la zakât.
Autre exemple : Abû Bakr e-Saddîq et les Compagnons de son époque combattirent les réfractaires à la zakât. Il fit capturer leurs familles, prit leurs biens en butin, et leur donna le nom d’apostats…
Autre exemple : ‘Alî (t) jeta au bûcher ceux qui faisaient de l’excès sur sa personne…
Autre exemple : el Ja’d ibn Dirham, qui était pourtant connu pour son savoir et sa piété, fut jugé apostat à l’unanimité des successeurs des Compagnons(tâbi’îns) et les savants, etc.
Personne, parmi les premières et les dernières générations, n’a jamais reprocher au premier Khalife ou à d’autres d’avoir combattu les Banû Hanîfa, sous prétexte qu’ils se soumettaient à l’attestation de foi, la prière et la zakât…
On n’a jamais entendu personne, parmi les premières et les dernières générations, reprocher ce comportement, ou ne serait-ce que de se poser des questions dessus. Personne n’a jamais trouvé étrange qu’on puisse tuer des individus affiliés à l’Islam, parce qu’ils prononçaient l’attestation de foi, ou qu’ils affichaient certains piliers de la religion. Seuls ceux d’aujourd’hui émettent de telles objections ! »[4]

Or, ‘Abd Allah, le fils de l’Imam, ne voyait pas d’inconvénients à donner des excuses à certains savants des générations plus anciennes, comme ibn Hajar el Haïthamî, ayant commis des erreurs dans le tawhîd, quand bien même, ils auraient persisté dans leurs erreurs. La raison, c’est qu’ils n’avaient personne pour leur montrer le bon chemin. La complicité des Pouvoirs en place avec les idées hérétiques n’arrangeait pas les choses.[5] Ailleurs, il souligne : « Quant au takfîr mu’aïyin de ce genre d’ignorants, et qui consiste à les considérer dans les rangs des non-musulmans, il n’est pas permis de s’y aventurer avant d’avoir établi contre l’un d’entre eux, la preuve céleste ; celle qui leur montre qu’ils vont à l’encontre du Messager (r), et que leur parole relève de la mécréance sans aucun doute possible. »[6]
C’est exactement le discours d’ibn Taïmiya disant : « En principe, toute parole qui relève de la mécréance, selon le Livre d’Allah, la sunna et le consensus des savants, est jugée ainsi dans l’absolu (qawl yutlaq), comme le prouvent les arguments textuels ; la foi fait partie des lois qui émanent d’Allah et de son Messager. Elle n’est pas laissée à l’initiative des hommes laissant libre court aux passions et aux suspicions. De plus, toute personne disant ces paroles n’est pas nécessairement un kâfirsans remplir les conditions ni écarter toute restriction possible pour le devenir. »[7]

‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân reprend ce passage avant de faire le commentaire suivant : « C’est exactement ce que nous disons. Nous n’ajoutons pas une lettre à ce discours. Il est même plus catégorique que le nôtre ; il renferme le takfîr de certains points subsidiaires qui sont bien loin de la question sur laquelle nous divergeons…
Notre Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb établissait dans ses assemblées et ses lettres qu’il n’avait pas recours au takfîravant l’iqâma el hujja… si telle était la tendance de notre Sheïkh– qu’Allah lui fasse miséricorde –, alors comment peut-on lui imposer… et prétendre qu’il kaffar sans faire de détail. »[8]Sulaïmân ibn Sahmân a retranscrit les paroles précédentes de son Sheïkh sans en faire le moindre commentaire, ce qui a valeur de consentement.

Plus loin, il répond à une accusation accolée à ibn ‘Abd el Wahhâb en disant : « Les paroles de Sheïkh el Islâm dans lesquelles il s’abstient de kaffar des cas particuliers font allusion à des questions bien précises, et pour lesquelles il est peut-être difficile pour certains gens de pénétrer les arguments… Leur opinion qui implique de renier les textes relève ainsi de la mécréance, mais nous ne taxons pas leur auteur de kâfir, car il est possible qu’une restriction fasse obstacle à notre jugement ; des restrictions comme l’ignorance, la méconnaissance du texte en question ou de ses arguments. Les Lois divines ne sont pas imposables aux hommes avant qu’elles ne leur soient parvenues.
Son texte [en parlant d’ibn Taïmiya] fait allusion aux innovateurs. D’ailleurs, il le dit explicitement lui-même. Après avoir exposé, en effet cette question où il cite certains leaders du kalâm, il conclut : « Il est possible, pour les questions subtiles, de ne pas kaffar le fautif, contrairement aux questions claires et évidentes, ou qui touchent aux notions élémentaires de la religion. Auquel cas, il devient un mécréant sans la moindre hésitation. » »[9]

Or, nous avons vu à maintes reprises qu’aux yeux d’ibn Taïmiya la notion de subtilité est relative ; celle-ci varie en fonction des époques, des endroits et des personnes. De nombreux passages de ses ouvrages vont dans ce sens. Il va jusqu’à donner des circonstances atténuantes à des ignorants influencés par lejahmisme et le monisme-panthéisme,[10] alors que, comme nous l’avons vu plus haut, il kaffar leurs leaders. Mieux, il va jusqu’à trouver des excuses à des ignorants imprégnés du dogme ésotérique, l’une des croyances les plus éloignées de l’Islam. Qu’on en juge : « Les philosophes bâtinites sont des mécréants. Leur mécréance est évidente pour les musulmans, comme il le souligne lui-même – en parlant de Ghazâlî – ainsi que d’autres savants. Des musulmans beaucoup moins instruits et moins religieux se rendent compte de cette évidence, à condition bien sûr, qu’ils assimilent leur véritable discours. Sinon, leur mécréance peut, en effet, leur échapper. Certains musulmans qui n’ont pas conscience de leur gravité peuvent malheureusement s’en imprégner, mais ces derniers sont excusables en raison de leur ignorance. »[11]


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MessageSujet: Re: LE TAKFIR MOU'AYYAN OU APOSTASIER UNE PERSONNE DEFINIE   Jeu 7 Mar - 9:19

PARTIE 3

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

La différence entre le takfîr mu’aïyin et le takfîr d’une caractéristique

Quoi qu’il en soit, le takfîr mu’aïyin est soumis à des conditions à remplir et à des restrictions à exclure, contrairement au takfîr d’une caractéristique. Dans ce dernier cas, nous nous contentons des textes scripturaires décrivant une parole, un acte, ou une croyance. Ex. : celui qui fait, qui dit ou qui croit telle chose est un mécréant. Ce statut reste absolu et ne concerne pas forcément chaque cas particulier. Wa Allah a’lam !

L’Imam ‘Abd e-Latîf réfute l’accusation selon laquelle son arrière grand-père kaffarles habitants du Najd sans distinction. Il explique que son discours était d’ordre général.[1] Le discours ne sera pas le même pour un cas particulier étant donné qu’une restriction au takfîr ou certaines circonstances atténuantes peuvent influées sur le jugement. Les traditionalistes distinguent en effet entre le cas absolu et le cas particulier pour les questions qui touchent à la menace divine (wa’îd).[2]

Son élève ibn Suhmân maintient pour sa part qu’il n’y a pas de mal, après l’iqâma elhujja, à taxer un individu de mushirk, de kâfir ou de jahmî s’il s’entête dans l’erreur pour une raison ou pour une autre.[3] Ainsi, comme le souligne ‘Abd e-Rahmân ibnHasan, il faut distinguer entre le takfîr d’un acte et le takfîr d’une personne. Avant d’appliquer un statut absolu sur un cas particulier, ce dernier doit répondre à toutes les caractéristiques que réclame ce jugement.[4]

• Les différentes tendances face au takfîr

Il existe trois comportements différents par rapport aux questions du takfîr : deux extrêmes et un modéré.
1- Les kharijites : qui kaffar à outrance sans tenir compte des critères du takfîr.
2- Les murjites ultra : qui interdisent de kaffar un musulman quoi qu’il puisse commettre comme annulation de l’Islam.
3- Les traditionalistes : qui tiennent compte des critères du takfîr avant de se prononcer sur un cas particulier.

Après s’être inspiré du passage d’ibn Taïmiya cité plus haut,[5] Sheïkh el ‘Uthaïmîn met en lumière la position des traditionalistes dans les questions du takfîr : « Ainsi, il devient clair que les paroles et les actes peuvent relever de l’apostasie ou de la perversité, mais cela ne veut pas dire que leur auteur soit un apostat ou un pervers sauf dans la mesure où les conditions requises pour le faire soient réunies (tawaffur e-shurût) et où toute restriction y faisant obstacle soit exclue (intifâ el mawâni’). »[6]

Par conséquent, avant de condamner une personne de kâfir, il faut considérer, comme nous l’avons vu, les deux principes suivants :
1- L’énoncé explicite des Textes que telle parole ou telle acte relève du kufr.
2- Que le statut en question (takfîr) soit applicable à une personne en particulier de sorte que les conditions pour le faire soient remplies et que toute restriction y faisant obstacle soit exclue.[7]

Le statut terrestre

Selon ‘Abd e-Latîf, on peut avoir des caractéristique de l’ère païenne, des Juifs et des chrétiens sans pour autant être un kâfir. Ex. : les pots de vin (rushwa) sont caractéristiques aux Juifs, mais, les musulmans qui en prennent ne sont pas forcément des mécréants.[8] Par ailleurs, avant l’iqâma el hujja, les actes gardent le nom que le Législateur leur donne, comme le kufr, le shirk, et le fisq. Cependant, personne ne mérite le châtiment avant que la preuve céleste ne lui soit parvenue. Il faut en outre distinguer entre l’acte et le statut de leur auteur.[9]

Le statut dans l’au-delà

C’est pourquoi, nous disons dans l’absolu que les muwahhidins iront au Paradis, même s’ils doivent passer par l’Enfer. En revanche, les mécréants n’y mettront jamais les pieds. Il faut savoir que ce jugement est absolu, mais nous ne pouvons dire formellement qu’un tel ira au Paradis ou en Enfer, en dehors de ceux que le Législateur à nommer. Nous n’avons pas le droit d’entrer dans les affaires du Seigneur, bien que nous disions dans l’absolu que les adeptes des autres religions sont des mécréants ; au même moment, nous sommes convaincus qu’Allah ne châtie personne avant l’iqâma el hujja. Quant à leur statut sur terre, nous les jugeons selon leurs apparences. Les enfants des mécréants sont affiliés à la religion de leurs pères, et les mongoliens à leurs tuteurs.[10]


Conclusion

Cette opération de l’esprit peut certes sembler difficile, mais elle permet de résoudre tous les problèmes que posent en apparence le discours de aimmat e-da’wa. Ces derniers distinguent en effet entre le takfîr général et le takfîr particulier, comme ils distinguent entre le takfîr d’une caractéristique et le takfîr d’un cas particulier. Ils sont ainsi conformes à la voie des traditionalistes qui ont établi des critères à respecter avant de s’aventurer dans les questions du takfîr. Ils se démarquent ainsi des kharijites qui vouent tous leurs opposants à la mécréance, sans faire de détails. La question du takfîr est une question grave et complexe. Elle est soumise à des critères stricts (condition à remplir et restriction à exclure). Leskharijites se sont d’autant plus égarés qu’ils ne respectent pas ces fameux critères, comme nous allons l’expliquer dans un prochain article in shâ Allah !

Wa Allah a’lam !

Allah est Celui à qui nous demandons notre aide et sur qui nous reposons notre confiance ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Maître Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Par : Karim Zentici



[1] Voir : misbâh e-zhalâm (p. 67).
[2] E-durar e-saniya (1/471-472).
[3] Kashf e-shubhataïn (p. 31) et e-dhiyâ e-shâriq (p. 653 et 655).
[4] Irshâd tâlib el hudâ (p. 54-56).
[5] Idem. (10/372).
[6] El Qawâ’id el Muthla fi Sifât Allah wa Asmâihi (p. 92).
[7] Voir : El qawâ’id el muthlâ fî Sifât Allah wa Asmâihî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 88) et minhâj e-ta-sîs (p. 186).
[8] Manhaj e-ta-sîs (p. 219).
[9] Idem. (p. 265).
[10] Idem. (p. ).
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